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Il pleut il pleut bergère

A partir du septième jour du mois de Hechvan et ce jusqu’au printemps, on ajoute à la prière du Chmoné Essré :תן טל ומטר לברכה (Ten tal ou matar livraha), Donne la rosée et la pluie pour le bien. Cette bénédiction, ne devant être dite qu’une partie de l’année, figure en petits caractères dans les livres de prières, ce qui a engendré l’expression אותיות טל ומטר (otiyot tal ou-matar), littéralement : lettres de rosée et de pluie, pour qualifier des graphies nécessitant des lunettes de lecture… Par opposition, la une des journaux sera imprimée en lettres énormes dites אותיות קידוש לבנה (otiyot kidouch levana), expression inspirée de la bénédiction de la lune lue à la belle étoile, la nuit, et imprimée en gros caractères pour en faciliter la lecture.
La pluie est certes un bienfait. Mais de quelle pluie parlons-nous ?
D’une petite bruine, גשם דק (guéchem dac), d’un טפטוף (tiftouf) qui tombe par grosses gouttes sans vent, du דֶּלֶף (délèf), cette pluie incessante et ennuyeuse, ou d’un זרזיף (zarzif), petit crachin ? A moins qu’il ne s’agisse de שבר ענן (chéver anan), une ondée ?
Les גשמי ברכה (guichmé braha), pluies bienfaisantes, pour lesquelles nous prions sont sans doute les רביבים (revivim) bibliques, ces grosses averses. Si elles tombent généreusement, se sont des גשמי נדבה (guichmé nedava) ou גשמי עוז (guichmé Ꜥoz), excellentes pour l’agriculture. Mais cette pluie torrentielle, גשם שוטף (guechem chotef) n’est pas toujours appréciée par tous et si en plus il fait venteux, on la qualifiera de גשם זעף (guéchem zaꜤaf) ou גשם זלעפות (guéchem zalafot), appellations faisant allusion à la colère divine. Et ma grand-mère, qui avait le sens de l’exagération, n’hésitait pas à employer le mot מבול (maboul), déluge.

Rappelons aussi les noms particuliers de la première pluie de l’année, le יורה (yoré) et de la dernière, le מלקוש (malkoch).
Et si la pluie − quelle qu’elle soit − ne fait en français que « tomber », l’hébreu discerne maintes nuances pour décrire le phénomène. יורד גשם (yored guechem), la pluie tombe, certes, mais aussi דולף (dolèf), coule à flot ; נוטף(notef), du mot טיפה (tipa), goutte ; ou bien מטפטף (metaftèf) ou מנטף (menatef) [même racine, schèmes différents]. Si elle tombe à flot, on dira מזרזף (mezarzef), קולח (koléah), שוטף (chotef) ou ניתך (nitah). Pour exprimer l’idée de violence on dira מצליף (matslif), fouette. On trouve aussi dans la Bible le mot ערף (araf), décapiter, peu employé et plutôt littéraire. Si la pluie a pour effets des glissements de terrains, on dira aussi סוחף (sohèf), du verbe entrainer.
Comme quoi, parler de la pluie et du beau temps varie beaucoup selon les latitudes. D’ailleurs, l’expression hébraïque לדבר על דא ועל הא (ledaber Ꜥal da veꜤal ha), littéralement : parler de ceci et de cela, ou parler de choses et d’autres, n’a aucune connotation atmosphérique. C’est qu’en Terre d’Israël, on ne badine pas avec la pluie!

Ce post est tiré du livre de Fabienne Bergmann, L’hébreu parle aux Français, Editions Lichma, disponible dans les librairies françaises d’Israël, en France et sur le site https://www.lichma.fr

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